Mon éditeur m'a dit qu'il ne pouvait plus publier mon livre
Salut les amis,
Pour ceux qui veulent écouter ce récit plutôt que de le lire, je l'ai enregistré en podcast, disponible sur :

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Il y a un an, mon éditeur m'appelait pour me dire : « Je ne peux plus publier ce livre. » Voici comment on en est arrivés là et comment, heureusement, on s'en est sortis.
"Habillé" est déjà en précommande sur la Fnac, Amazon ou chez Mollat et dans votre librairie indépendante préférée.
Le mail qui a tout changé
En juillet 2024, je reçois un mail d'Emmanuel Le Vallois, des Éditions du Chêne. Objet : « Parler d'édition ». Je suis passé par une prépa littéraire, j'aime les livres, j'aime l'objet livre. Et je me rends compte que je n'ai pas énormément de rêves dans la vie, mais que celui-là en était un. Alors après m'être pincé une douzaine de fois, je n'ai pas mis longtemps à répondre.
(En relisant les mails, je me rends compte que j'ai même proposé à Emmanuel que l'on s'appelle… moi qui ai les appels téléphoniques en horreur, c'est dire mon niveau d'enthousiasme à ce moment-là.)
Pour le contexte, il faut savoir que j'ai quitté Bonnegueule en janvier 2024 et que je me suis mis à temps plein sur mon compte Insta à partir de ce moment-là. Et je reçois un mail, seulement 7 mois plus tard ?
C'était iréel.
Pourquoi ce livre s'est-il imposé à moi ?

Kévis et son ombre lors du shooting dont les photos ne sortiront jamais.
Je ne vais pas vous dire que c'est le livre que j'aurais aimé avoir à mes débuts. Je l'ai eu, ce livre : c'était celui de Bonnegueule, et j'y ai appris plein de choses.
Bien sûr, je pense que celui-ci est mieux. C'est pas me lancer des fleurs, c'est que je sais qu'il y a dans ce guide nombre de pages utiles qu'on ne trouvait pas dans celui de BG.
Ce que je voulais, c'est un endroit toujours le même où venir chercher la bonne réponse au bon moment. Vous vous posez une question sur une chemise, vous ouvrez la bonne page, vous avez l'info. Pour celui qui débute et qui se noie dans les contenus d'Insta et de YouTube, mais aussi pour celui qui s'y connaît déjà et veut aller plus loin.
Tout ce livre s'est nourri des questions que me posaient mes clients quand j'étais vendeur, chez Septième Largeur, chez De Fursac, et six mois chez Hermès. Là-bas, la directrice de la boutique de Bordeaux m'avait dit un jour : « Écoute Jordan, tu es un peu nonchalant. » Je l'avais pris comme un compliment. Pour elle, ça n'en était pas un du tout : ça voulait dire que je n'étais pas assez précis, alors que dans une maison de luxe, on va de A à B sans se laisser aller. Bon, vous me connaissez, je mets toujours le curseur plus sur le flair que sur tout préparer à l'avance. Vous allez voir que ça m'a joué des tours avec ce livre.
Et derrière, il y a une idée qui me tient à cœur : comprendre ses vêtements, c'est mieux se comprendre soi-même. C'est mon chemin à moi, le mec réservé qui ne se trouvait jamais à sa place. Le livre est d'ailleurs dédié à ce jeune moi de 20 ans, et à vous si vous en êtes là aujourd'hui.
Les coulisses : deux ans c'est long (surtout que ça devait être un)
Le livre devait sortir en un an. Il en a fallu deux.
À un moment, on avait 600 pages. Ça, ce n'est plus un guide, c'est un dictionnaire. Moi, quand je suis lancé, j'ai envie de tout dire. Je voulais des arbres de décision (« Dois-je porter une cravate ? », oui, non, case suivante), un livre organisé par occasion... Un jour, l'arbre de décision n'était plus sur les maquettes. J'ai compris. Je le ferai ailleurs.
Je voulais aussi un livre choral, qui célèbre le style sous toutes ses formes. On a organisé un shooting avec des potes : Antoine, Kévis, Yves, Titouan et Luca. Ils ont tous dit oui sans hésiter, ils sont venus avec des tonnes de fringues, ils ont composé des tenues, et on a passé de très bons moments.

Luca manie, sans échauffement, un chausse-pied d'une longueur specaculaire
Mais ce shooting, je l'avais mal anticipé. Un jour, en visio, Sabine, la directrice artistique, et Faris, mon éditeur, me disent : « Non mais Jordan, ça ne va pas du tout. On ne va pas pouvoir tenir les délais. » Très peu de choses étaient organisées à juste quelques jours du shooting. Je n'ai rien montré à l'écran, mais en sortant de cette visio, j'étais en panique totale. Des étoiles devant les yeux, l'estomac qui dansait la macarena. J'avais un sentiment dans le ventre comme je crois n'en avoir jamais eu, et une seule pensée : je suis en train de faire foirer le livre. Je l'ai organisé très vite, avec des tableurs Excel dans tous les sens, et sans ces potes qui ont absorbé une masse de travail, il n'aurait jamais eu lieu.
Et le pire dans tout ça, c'est que ce shooting n'a servi à rien.

Yves entre deux rachats de boîtes du CAC 40.
En fait, on a compris que ce n'était pas un shooting qui irait dans ce livre-là. Ni les Éditions du Chêne ni moi ne savions vraiment ce que ce livre était au départ. C'est en le faisant qu'on l'a appris. Mes potes n'y sont pas, et ça a été un vrai deuil pour moi. Pas juste parce que ce sont des amis mais parce qu'ils ont un vrai style que j'avais envie de célébrer dans ce livre !
Mais je ne désespère pas d'en faire un autre un jour : un livre de belles tenues, de tenues personnelles, qui montrerait un maximum de sensibilités différentes. Il s'appellerait « Tenue personnelle ». Voilà, une nouvelle précommande dans 2 ans.
Et donc, à la fin de la première année de travail, il y a eu ce coup de fil dont je vous parlais. Emmanuel m'appelle : « Écoute Jordan, je ne peux pas publier ce livre. » Il n'était pas prêt. Je lui demande ce qu'on fait. Il me répond qu'il ne sait pas. Et on raccroche là-dessus.
J'étais au fond du gouffre. Toute cette énergie pour rien, et l'idée de devoir l'annoncer à mes parents, à ma compagne, à mes amis, à qui j'avais dit fièrement que je faisais un livre. Quelques mois de flou plus tard, il me rappelle : on le sort fin 2026, et Raphaëlle arrive pour tout reprendre.
Elle a tout remis à plat. Deux parties au lieu de trois, un nouveau shooting, et des semaines sur la mise en page où je me battais pour un col un peu plus grand ou des revers un peu plus larges.
Avec le recul, deux ans, c'était le bon temps. En un an, on aurait fait un autre livre, et je n'en serais pas aussi fier.
Ce que vous trouverez dedans

Titouan nous envoie une petite vibe gainsbourienne.
Au bout de ces deux ans, voilà ce qu'il y a dedans. Deux grandes parties :
- Les bases : ma philosophie sur l'art de s'habiller, les grands principes, la silhouette, les couleurs (oui, la roue chromatique, on n'y échappe pas), les imprimés, les matières, et comment mixer le formel et le décontracté.
- Le vestiaire, pièce par pièce : l'histoire de chaque pièce et mon avis dessus, les matières à privilégier selon la saison, une checklist qualité pour bien l'acheter, comment elle doit tomber, et les mythes à oublier. (Non, la chemise noire n'est pas forcément classe.)
Il y a aussi des tutos (nœud de cravate, nœud papillon, cirage, repassage, pliage de pochette, entretien) et des tenues que je décortique. Et c'est écrit comme je parle, donc normalement vous ne vous ennuierez pas.
Pour la couverture, on en a beaucoup discuté. Résultat : une couverture rigide bleue, sans ma tête, pour le reste du monde. Et pour la France, une jaquette avec ma tête (et mon costume marron des Francs Tireurs (merci Yves)), que vous pouvez enlever (la jaquette pas le costume en tant que tel... C'est une idée cela dit pour un autre livre... et il s'appellera DÉSHABILLÉ !) Le meilleur des deux mondes.
Vais-je devenir riche avec ce livre ?
Non. Je n'ai pas le droit d'en parler avec des chiffres précis car j'ai signé un contrat mais ce que je peux dire c'est que l'auteur de touche pas beaucoup. Mais sur ce livre, il y a aussi : un photographe, une agence qui fait la mise en page, l'éditeur, les relecteurs, l'imprimeur, des gens à la comm etc. Bref, du beau monde et mis bout à bout, ça fait que la maison d'édition ne gagne pas grand-chose non plus.
Mais quelle aventure !
À tel point que même si ça ne rapporte pas, je veux en faire un autre. Mais ça, je crois que vous l'avez compris. Et ça va dépendre du succès de ce livre.
Il est classé #1 des ventes des livres mode sur Amazon en tout cas.

Allez, encore une larme à ajouter à ma collection déjà bien remplie.
Merci
À Emmanuel Le Vallois d'avoir misé sur moi. À Faris, Raphaëlle, Sabine et toute l'équipe du Chêne, à Aude pour la relecture, à Valentin Russo pour les photos, à Benoît Berger pour la mise en page, à Matthias Fraisse pour l'inventaire colossal des pièces, et à Bonnegueule pour le studio.
Et à vous. Sans votre soutien depuis tout ce temps, je n'en serais pas là.
Je vous embrasse, à très vite.
Jordan
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